L’histoire du Taj Mahal – #0135

Encore profondément marqué par mon voyage en Inde, plus précisément au Rajasthan, le pays des rois et des maharajahs, j’ai entrepris l’écriture de quelques articles à propos de ce pays, parallèlement à mon activité photo. Passionné par le sujet, c’est tout naturellement que j’ai enrichi le blog d’articles qui parlent de photographies et de voyage.

J’avais déjà abordé très -trop- rapidement le sujet du Taj Mahal dans l’article #0056. Devant l’une des 7 merveilles du monde, il me fallait trouver le temps nécessaire pour rédiger un article plus complet.

Le Taj Mahal

Une des 7 merveilles

C’est un des monuments les plus évocateurs du monde. En un coup d’oeil, le Taj Mahal transporte notre imaginaire dans un ailleurs lointain, légendaire et parfumé.

Le Taj Mahal est situé dans la ville de Agra, environ 200 kms au sud de New Delhi. Agra est l’ancienne capitale de l’empire Moghol. Le bâtiment est d’un blanc somptueux, avec cette coupole parfaitement harmonieuse qui culmine à plus de 70m, avec ses minarets, ses jardins splendides.

Tout cela nous renvoie aux fastes de la civilisation Moghol, à la croisée de l’Asie centrale musulmane, – d’où sont originaires les souverains qui, à l’époque, règnent en maître sur une grande partie de l’Inde -, du monde Persan et puis de l’Inde éternel.

Un monument funéraire

Le Taj Mahal est un monument funéraire où domine le marbre, un monument bâtie au détour d’un méandre de la Yamuna – un affluent du Gange – et qui peut se résumé en un seul mot : HARMONIE.

Raffinement extraordinaire des décors, une proportion idéale, une douceur des teintes : tout cela répondant à la grandeur religieuse et le prolongement au delà de la mort de l’amour que portait un empereur moghol Shâh Jahân pour une épouse défunte Mumtaz Mahall.

Au-delà de cette légende, entretenue par les quelques lignes écrites dans les guides touristiques, – et dans laquelle on y retrouve certainement une part de vérité -, ce mausolée de marbre blanc fut élevé dans les années 1632-1654. Une époque, certes brillante, mais aussi troublée et marquée par des luttes pour le pouvoir. Beaucoup de violences, donc, qui n’ont pas été sans importance.

Lorsqu’on visite le Taj Mahal, il ne faut pas oublier cette vague de violences, sans précédent… qui a précédé sa construction…

Taj Mahal 02

Le commencement

L’union avec Mumtaz Mahall

Début de l’année 1610. Khurram est âgé d’une vingtaine d’années. Il est sur le point de se marier. Il est le 3ème fils de l’empereur moghol Djahanguir. Ce n’est pas n’importe qui ! Dans ses veines, coule le sang de Gengis Khan, le conquérant moghol du XIIIème siècle. Mais aussi celui de son grand-père, Akbar, considéré comme le plus grand — akbar en arabe — Moghol.

En 1612, Khurram épouse Mumtaz Mahall. La jeune fille appartenait à une famille noble persane illustre qui servait les empereurs moghols depuis le règne d’Akbar. Cette union, disons-le, ne doit pas grand chose à l’amour. C’était un mariage de convenance, de politique interne du palais. La tante de la mariée, l’impératrice Nûr Jahân, aurait joué le rôle de marieuse.

De tels motifs, évidemment, n’interdisent pas aux sentiments de naître… Finalement, Khurram ne regrette pas son mariage avec la jeune Mumtaz Mahall. On dit d’elle qu’elle est pleine d’abnégation, pleine d’empathie et pétrie de son sens du devoir. Quelques qualités qui vont lui être d’un précieux secours. D’abord parce qu’elle ne va pas tarder à enchaîner les grossesses à un rythme soutenu. Et puis parce que sa situation au sein de sa nouvelle famille va entraîner bien des vicissitudes.

Guerre de succession

En effet, Khurram est le 3ème fils de Djahanguir. Il va être amené, un jour ou l’autre, à se battre contre ses frères pour conquérir le pouvoir. L’empire moghol paraît stable… mais contrairement aux occidentaux où le fils aîné prend la succession, chaque changement de règne donne lieu ici à des guerres entre père et fils, ou entre frères.

Selon l’idéal du califa, le plus méritant devient l’élu. La succession dynastique est un fait, et non un droit. La concurrence à mort des prétendants reste la règle. Khurram ne va pas attendre la mort de son père, pour entrer tout de suite en conflit avec ses frères. Et dès le début des années 1620, son destin s’apprête à basculer.

Naissance d’un chef : Shâh Jahân

Dans les années qui vont suivre son mariage avec Mumtaz Mahall, Khurram engrange une certaine expertise politique et militaire. Des victoires lui glânent le nom de Shâh Jahân – le souverain du monde – qui restera son nom pour la postérité, tout simplement. Il se révèle un prince au caractère prometteur, très fort.

Des années d’exil

Et pendant ce temps, son père Djahanguir, ayant trop de goût pour l’alcool, et qui a tendance à laisser d’autres personnes décider et gouverner à sa place… ce père observe ce fils qui est en train de se faire une place dans la politique et dans l’Histoire.

C’est dans ce contexte de la cours moghol que va survenir un événement terrible en 1622. Shâh Jahân ne supporte plus la situation. Il s’oppose alors ouvertement au pouvoir et pour lui, plus d’alternative… Il part en rébellion et doit s’enfuir vers l’intérieur de l’Inde.

Sans amertume, Mumtaz Mahall se montre à la hauteur des attentes de son mari, et le suit dans cette aventure hasardeuse. Ce sont à la fois des années d’exil exaltantes, et dures à la fois.

La prise du pouvoir

A la mort de l’empereur Djahanguir en 1627, c’est bien Shahryar, le jeune frère de Shâh Jahân, qui s’empare du pouvoir. Mais celui-ci, trop jeune, n’a pas les épaules assez solides. Et en quelques semaines, des partisans de Shâh Jahân parviendront à le faire chuter de son trône.

Le traitement des vaincus

Son premier acte en tant que souverain fut de faire exécuter ses principaux rivaux et d’emprisonner puis exiler sa belle-mère Nûr Jahân. Sur son ordre, plusieurs exécutions ont lieu en janvier 1628. Parmi les victimes figurent son propre frère Shahryar – qui aura les yeux crevés avant d’être exécuté -, ses neveux Dawar et Garshasp, fils du frère précédemment exécuté, ainsi que ses cousins Tahmuras et Hoshang

Cette vague de violences sans précédent, ces purges radicales permirent à Shâh Jahân de gouverner son empire sans contestation.

Grandes festivités

Grandes festivités pour célébrer la prise du pouvoir -définitive- de Shâh Jahân. Mumtaz Mahall devient impératrice. Elle n’est pas oubliée. Son mari lui réserve toute sorte de présents, de marques d’estime… il lui confie même le sceau impérial. Ce qui donne une idée de l’extrême confiance qu’il peut lui accorder.

Le règne de Shâh Jahân

Shâh Jahân tient le pouvoir dans un gant d’acier, quitte à passer par des décisions terribles. Il lancera toute sorte de mesures extrêmement hostile à l’hindouisme, des vexations, allant jusqu’à démanteler des bâtiments hindous. Tout cela ne jouera pas en sa faveur pour la postérité.

Il entend aussi étendre son empire, assujettir ses voisins… et c’est dans ce contexte qu’en 1630, il part en guerre contre un certain nombre de chefs indiens, qui se sont rebellés contre son impériale autorité

A ce moment-là, Mumtaz Mahall est enceinte… pour la 14ème fois, en 19 ans de mariage avec Shâh Jahân. Son accouchement, au printemps 1631, sera malheureusement la naissance de trop. Elle est malade, très moribonde même.

Le décès de Mumtaz Mahall

Shâh Jahân, inconsolable, dédaignant les affaires de l’empire, se tenait en permanence au chevet de l’impératrice agonisante. Entre deux sanglots, il lui aurait demandé : “Que puis-je faire pour vous ? Comment pourrais-je vous redire tout mon amour ?“.

Et l’impératrice lui aurait répondu : “De quoi a besoin une mourante ? Vous m’avez toujours aimé ? Aimez-moi encore par delà la mort et faites construire sur ma tombe un mausolée qui restera le témoignage de notre amour éternel.

Tout cela me semble trop bien arrangé pour la postérité, mais l’histoire est belle. Car, à la mort de sa femme préférée en juin 1631, Shâh Jahân – capable d’être rude et cruel – va sombrer pour un temps dans un abattement nostalgique. Et il va entreprendre la construction de ce mausolée à la mémoire de sa femme chérie. Un mausolée immense, qui dominera Agra, qui dominera le monde…

Le chantier du Taj Mahal

En 1632, un chantier absolument gigantesque commence à Agra. Ce chantier du Taj Mahal s’est mis en place avec une rapidité absolument déconcertante. Shâh Jahân se révèle être un passionné d’architecture. Il fait appel aux meilleurs architectes et aux meilleurs artisans. Cet hommage à sa femme défunte devient la grande priorité de son règne.

Il semblerait que l’empereur, lui-même, ait largement contribué à la conception du monument. Mais nul ne l’a précisé. Pourtant, la rapidité et la perfection de l’exécution du bâtiment laissent supposer que les plans et les principales idées ont été réalisées bien avant la construction.

Savez-vous qu’il aurait également fait tuer la propre femme de l’architecte en chef, afin que celui-ci comprenne bien ce qu’est la douleur de perdre une femme ….. ?

Le Taj Mahal serait inspiré du Mausolée d’Humayun de New Delhi, bâti en 1565. Le Taj Mahal renoue avec la tradition timouride des grands édifices surmontés d’une coupole : conception pourtant abandonnée sous le règne de Djahanguir.

Plusieurs dizaines de milliers d’hommes participent à cet édification impressionnante, année après année… Imaginez toutes ces pierres énormes, ces pièces de marbre… transportées par ces hommes et qui s’assemblent progressivement…

Le mausolée prend forme pour la plus grande satisfaction de Shâh Jahân. Et l’essentiel du bâtiment, qui doit être accompagné d’une mosquée et d’une bâtisse similaire en grès rouge, est construit jusqu’en 1640. Trois ans supplémentaires seront nécessaire pour les finitions.

C’est en 1643 qu’est honoré définitivement le voeu de Mumtaz Mahall. Le Taj Mahal s’impose de toute sa splendeur avec ses jardins extraordinaires qui vont prendre une amplitude, une dimension extraordinaire avec le temps, sur la rive de la Yamuna .

Taj Mahal 06

La fin de règne de Shâh Jahân

Le règne de Shâh Jahân est globalement glorieux, mais néanmoins contrasté. Il est vrai qu’il connaît de grandes victoires, notamment contre des chefs indiens du plateau du Deccan. Par contre, il ne parviendra jamais à récupérer la ville de Samarcande, le berceau de sa dynastie, le point de départ de ses ancêtres.

D’une manière générale, Shâh Jahân va contribuer au développement de la civilisation moghol et assurer les conditions d’un dynamisme culturel tel que cette civilisation n’en avait encore jamais connu – en architecture, poésie, la musique, etc. Shâh Jahân se montre également ouvert à certaines traditions de la civilisation indienne. Il eût ensuite une politique de tolérance et d’alliance avec l’aristocratie hindou.

Néanmoins, son déclin à lui, comme à tout le monde, est inéluctable. Et comme il pouvait s’y attendre, le conflit pour sa succession s’ouvre à l’occasion d’un affaiblissement de sa santé. En 1657, Shâh Jahân a environ 65 ans. Il a privilégié son fils aîné, ce que les cadets ne peuvent accepter.

Bien sûr, le conflit éclate et va s’entendre sur de longues années. Il va s’avérer être d’une rudesse impitoyable. Shâh Jahân finit même par être capturé par un de ses propres fils qui va jusqu’à l’emprisonner. Il se résigne à vivre dans le sérail du palais d’Agra, où il passera ses 8 dernières années étroitement surveillé, son courrier censuré… et veillé par sa fille Jahanara qui était fort cultivée.

Il partageait son temps entre ses dévotions et les femmes de son harem. Le grand empereur, réduit maintenant à l’impuissance, mourra en janvier 1666. Son corps sera alors transporté, selon ses voeux, près de celui de Mumtaz Mahall.

C’est à dire que le Taj Mahal, ce magnifique mausolée impérissable, devait aussi devenir son tombeau…

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