Photographier un concert – #0155

Les beaux jours arrivent avec sa moisson de festivals de musique éparpillés un peu partout aux quatre coins de l’Hexagone. Autant d’occasions de réussir de beaux clichés des artistes présents sur scène. C’est dans cette optique que, régulièrement, je couvre les festivités du 13 juillet à Barlin. Bien entendu, la méthode et les techniques que j’emploie sont transposables à toute autre manifestation du même acabit. Vous souhaitez également revenir d’un festival avec de belles photos, cet article est là pour vous y aider.

 

Niveau de lecture : Expert et amateur averti

Autant commencer par le début. Il ne vous aura pas échappé qu’à l’entrée des salles de concert, ou tout autre lieu privé, il est bien souvent interdit de prendre des photos, à moins de bénéficier d’une accréditation. Un charmant vigile – grand monsieur impressionnant – vérifie alors que vous n’avez pas ramené avec vous de l’alcool, une bombe, un pistolet ou encore… un gros appareil photo. Les smartphones ne sont pas censés être autorisés, mais il est de nos jours devenus totalement illusoire d’empêcher de mauvaises photos et vidéos de circuler sur les réseaux sociaux. C’est un point que j’aborder dans l’article “Mon expérience dans la photographie de concert” que je vous invite à lire également.

En extérieur, en revanche, la plupart des organisateurs et artistes acceptent volontiers que les spectateurs sortent leur appareil photo. Or, la belle saison voit l’arrivée d’innombrables festivals de musique se tenant en plein air dans des lieux publics. Profitant de cette conjonction favorable, je couvre depuis plusieurs étés, en “dilettante”, les festivités du 13 juillet à Barlin, juste avant le tirage du feux-d’artifices. Cette manifestation offre au public Barlinois – et ses alentours – de très belles occasions de réaliser des images de chanteurs et musiciens venus d’horizons divers.

 

Concert : une accréditation obligatoire ?

Tout a commencé par une prestation photo pour une première partie d’un concert d’Hélène Segara. Par la suite, la reconnaissance d’un travail amateur mais sérieux, me permis d’être accrédité pour d’autres concerts. C’est ainsi que j’ai pu accéder aux coulisses, être sur scène, approcher et photographier Natasha Saint PierreTina ArenaSuperbus, TAL. Et plus récemment Thierry Pastor, Partenaire Particulier, Début de soirée, Jean-Luc Lahaye et Richard Sanderson de la tournée Star 80.

TAL en concert à Barlin

Sachez que l’accréditation n’est pas obligatoire. Toutes les images de cet article ont été réalisées alors que j’étais placé au milieu de la foule, comme n’importe quel autre spectateur qui ne disposerait pas du moindre “passe-droit”. Inutile de préciser que les premiers présents sur les lieux sont généralement les mieux servis. En arrivant une voire deux heures avant le début du concert, il est possible de se placer à seulement une dizaine de mètres, parfois moins, de la scène. Le conseil s’applique d’autant plus si la tête d’affiche a une renommée internationale.

Précision : La scène est habituellement sur-élevée. Ne soyez donc pas trop près de celle-ci, pour éviter d’avoir des photos réalisées trop en contre-bas.

 

Quels équipements ?

De bons vêtements

Quel que soit le spectacle que vous décidez de couvrir, songez que la plupart se déroulent au milieu de grands terrains vagues ou de champs. Une paire de chaussures légères de marche est fortement recommandée du fait des irrégularités du sol toujours susceptibles de jouer des tours aux chevilles fragiles. Ajoutez à votre équipement un vêtement souple anti-pluie et vous êtes paré pour photographier en toute sérénité.

 

Le matériel photo

Côté matériel, j’emporte toujours deux boîtiers avec moi (le second étant là en cas de secours). Pour mon propre confort, il me semble préférable de travailler qu’avec un seul appareil. Et de toute façon, il peut être difficile d’utiliser conjointement deux boîtiers sans gêner les autres spectateurs, surtout que l’artiste – un peu éloigné – m’oblige à travailler avec une optiques de longue focale, mon 70-200m.

Le reflex haut-de-gamme est assurément le boîtier le plus approprié, surtout quand on photographie une vedette qui a la “bougeotte”. Un autofocus rapide, capable de réaliser le point même sous une lumière rare et capricieuse est un atout sérieux pour suivre les évolutions du sujet. Une rafale soutenue est un plus intéressante. Bien qu’il soit toujours préférable de déclencher au bon instant plutôt que de compter sur la cadence de prise de vue.

Si votre appareil photo n’est pas très performant, photographiez l’artiste en début ou en fin de morceau. Ou entre deux interprétations, lorsqu’il s’adresse au public. En général, l’artiste bouge moins, et la lumière est bien présente pour l’autofocus.

Côté objectifs, une longue focale est essentielle. Elle permet en effet de cadrer serré un sujet assez éloigné. Une grande ouverture est également recommandée pour assurer un temps de pose court sans avoir à trop monter dans les ISO, mais aussi pour isoler visuellement le sujet du fond de la scène. Je travaille personnellement avec un Nikkor 70-200 à ouverture constante f/2,8. Il s’agit du must pour réaliser des images de scène. Sa stabilisation peut également s’avérer utile pour les moments où l’artiste bouge peu. Rappelons en effet que la stabilisation compense dans une certaine mesure les tremblements du photographe, mais encore faut-il que le sujet soit fixe !

Quoi qu’il en soit, mon objectif est toujours équipé de son pare-soleil. C’est une protection efficace contre un petit choc ou une bousculade “amicale”. Il est en effet courant que les premiers rangs soient assez agités, non par agressivité mais par le simple désir de danser et de vivre pleinement la musique. Mais, dans leur grande majorité, les spectateurs sont plutôt accommodants avec le photographe. Ils gardent à l’esprit qu’un concert est avant tout une fête que chacun le vit comme il l’entend.

Note : Il m’arrive parfois de m’aider d’un spectateur pour approcher la scène de concert, ou me servir de son épaule pour stabiliser l’appareil photo le temps de prendre quelques photos. Pour le remercier, je lui demande son email afin de lui envoyer une photo réalisée grâce à lui.

TAL en concert à Barlin

Bien se placer et se préparer

Une fois sur place, j’ai l’habitude de ne sortir mon reflex que quelques instants avant le début du concert. En effet, à mesure que l’heure H approche, la foule s’agglutine aux abords de la scène. Des vagues de poussière soulevés sont toujours préjudiciables pour le matériel photo. La terre est généralement sèche en cette saison. Mieux vaut attendre que les spectateurs soient installés et la poussière retombée pour extraire l’appareil du sac.

Je profite également de ce moment pour balayer la foule du regard. Je ne suis jamais sûr d’être au bon endroit. Il est souvent difficile de se déplacer après coup durant le concert. Je me place donc de manière à éviter de me retrouver derrière un plus grand que moi. Même en arrivant relativement tôt, certains fans sont déjà présents depuis quelques heures. Et croyez-en mon expérience, je mesure seulement un mètre soixante-et-onze. Alors, il y a toujours un “géant” qui vient innocemment s’interposer entre mon objectif et la scène. Et quoi de plus frustrant qu’une image ratée à cause de la présence d’une nuque au premier plan, de bras qui s’agitent, une fille montée sur les épaules de son père, etc.

TAL en concert à Barlin

Quels réglages ?

ou comment configurer au mieux l’appareil photo ?

 

Un sujet très mobile ou lent ?

Indépendamment du matériel utilisé, il s’agit de vérifier et adapter les réglages à la prise de vue d’un sujet mobile sous un éclairage changeant.

  • Régler l’autofocus du boîtier en mode continu. C’est à dire le suivi du sujet avec anticipation de ses déplacements.
  • Choisir une zone de mise au point en accord avec la situation rencontrée. Notamment en tenant compte du fait que plus le nombre de capteurs AF englobés est élevé,  moins l’autofocus est rapide mais plus il couvre un champ large.
  • Le déclenchement en vue par vue se justifie si le sujet est assez calme. Il est alors possible d’anticiper les attitudes intéressantes avant qu’elles ne se produisent.
  • A contrario, réagir en photographe de sport et valider le mode rafale le plus rapide lorsque le sujet saute dans tous les sens. Malheureusement, dans cette configuration, seules les premières vues sont prévisibles : une bonne cadence de prise de vue ne dispense pas de déclencher au moment opportun – tous les photographes sportifs le savent.

 

Pour toutes ces raisons, il est préférable de garder l’œil rivé au viseur et de maintenir sa concentration sur le sujet. Personnellement, sur la durée d’un concert, je relâche la pression seulement quand je change d’objectif ou de carte mémoire – ce qui est un peu paradoxal, car ces opérations ne sont pas forcément simples à réaliser quand on est au milieu d’une foule en liesse.

 

Le format d’enregistrement : Raw ou JPEG

Concernant le format d’enregistrement, je travaille exclusivement en Raw. Sa richesse d’informations offre d’excellentes possibilités en post-production pour corriger une erreur d’exposition raisonnable ou ajuster la balance des blanc. Ce dernier point est crucial en photographie de concert du fait des éclairages changeants. En me libérant à la prise de vue de la gestion du rendu chromatique, je me concentre mieux sur mon sujet, ce qui est toujours appréciable.

 

Si vous faites le choix du Jpeg direct, il faut régler au mieux la balance des blancs au moment de la prise de vue. Les possibilités d’ajustement de ce format en post-production sont nettement plus difficiles que celles du Raw. Compte tenu de la nature capricieuse des éclairages de scène, le mode automatique de la balance des blancs me semble le plus efficace.

S’il est judicieux de rendre hommage aux éclairages de scène par la recherche d’une dominante chromatique sur les images, il faut également veiller à ce que le rendu de la peau des artistes soit visuellement agréable. Mais en pratique, il est délicat de conjuguer efficacement ces deux variables à la prise de vue alors qu’il est facile de le faire en post-production, confortablement assis devant son ordinateur.

 

La maîtrise de l’exposition

Au problème de la gestion des couleurs s’ajoute celui de l’exposition. En effet, sur la scène d’un concert, la lumière varie sans cesse et le contraste d’éclairage, souvent très élevé, dépasse rapidement la dynamique enregistrable par le capteur de l’appareil photo. Il s’agit de l’écart de luminosité entre les zones les plus sombres et les plus claires du sujet sur l’image. Dans les cas les plus extrêmes, la mesure multizone dont sont dotés tous les appareils modernes peut être prise en défaut.

Une méthode efficace pour remédier à ce problème consiste à utiliser la mesure spot en visant la zone de l’image que l’on désire bien exposer. Dans la plupart des cas, il s’agit du visage de l’artiste. Faites également appel à la mémorisation de l’exposition pour appliquer la technique du cadrage / décadrage si vous en avez le temps. En l’occurrence, quand la scène est assez peu animée. Elle consiste à mesurer l’exposition – sujet au centre -, à la mémoriser puis à recomposer ensuite l’image avant de déclencher.

 

Le fort contraste

Le fort contraste d’éclairage constaté en concert incite à la vigilance en ce qui concerne l’exposition des hautes lumières. Il est en effet essentiel que les zones les plus claires du visage et des vêtements du sujet ne soient pas surexposées, sous peine d’obtenir des aplats blancs sans aucune matière, très inesthétiques et particulièrement difficiles, voire impossibles à rattraper en post-production sans une sérieuse expérience. A contrario, une source d’éclairage surexposée apparaît logique pour notre œil – il est habitué à être ébloui par les ampoules allumées -.

Les variations de lumière

Les variations de lumière sur scène appellent l’utilisation du mode d’exposition M (manuel). Celui-ci permet de s’affranchir des caprices des éclairages en déterminant librement l’ouverture de diaphragme et le temps de pose. Il demande toutefois une expérience certaine pour appréhender au mieux la lumière et définir la bonne exposition.

 

Le trinôme Sensibilité – Temps de pose – Ouverture de diaphragme

En concert, les phases de forte lumière alternent avec les moments de pénombre. Ces derniers ne sont pas moins intéressants, notamment si l’on veut réaliser des effets de silhouette – personnage en ombre chinoise sur un arrière-plan lumineux -.

Quand la lumière est faible, les compromis à faire sont aussi plus tranchants. Assurer la bonne exposition du sujet oblige à faire des concessions sur la qualité d’image dès lors que l’on aspire à obtenir un temps de pose suffisamment court pour éviter tout flou de bougé. Ainsi, lorsque les artistes sautillent dans tous les sens, un temps de pose de l’ordre du 1/250s, voire 1/500s ou plus court, est indispensable pour figer l’action.

Obtenir une durée aussi brève impose alors de travailler avec un objectif à grande ouverture (f/2,8 ou plus) ou bien de grimper en sensibilité pour remédier au manque de lumière. Dans le premier cas, la faible profondeur de champ résultante exige une mise au point très précise pour assurer la netteté du sujet. Dans le second, on assiste à une montée du bruit – parent numérique du grain argentique – d’autant plus manifeste que l’on augmente la sensibilité. Ce point mérite toutefois d’être nuancé car les reflex modernes et les hybrides dotés d’un capteur assez grand sont très efficaces.

 

Compromis

A choisir, il est préférable d’obtenir une image nette bruitée plutôt qu’un cliché exempt de bruit mais flou. Les bons résultats en haute sensibilité des boîtiers récents autorisent à s’affranchir de la gestion de ce paramètre en laissant l’appareil décider pour vous via le mode ISO Auto. Il faut cependant

  • Prendre soin de le plafonner à une valeur offrant une très bonne qualité d’image.
  • Éviter les sensibilités les plus hautes car elles donnent toujours des résultats assez pauvres – désaturation plus ou moins prononcée des couleurs, forte montée du bruit atténuant les plus fins détails du sujet -.

 

Si vous ne disposez ni d’un objectif ultra-lumineux, ni d’un appareil photo performant en haute sensibilité, concentrez-vous sur les moments les plus calmes. Travaillez alors avec un temps de pose relativement long ou sur les instants au cours desquels la scène est suffisamment éclairée pour obtenir un temps de pose court.

 

Composer avec le décor

Vous devez également composer vos images en tenant compte des aléas du terrain.

 

Quelles sont les erreurs les plus fréquemment commises ?

  • Le micro du chanteur qui lui masque la bouche,
  • Un plan trop large incluant dans le champ cadré des éléments indésirables,
  • La perche de micro mal placée,
  • présence de têtes ou de bras d’autres spectateurs dans le bas de l’image,
  • centrage du sujet non justifié – par l’arrière-plan ou par recherche d’un effet de symétrie -.

 

Les sources de lumière

Il est également nécessaire d’accorder de l’importance au positionnement des sources d’éclairage dans l’image. Les hautes lumières attirent effectivement toujours le regard du lecteur. Des spots mal placés nuisent à la bonne lisibilité du cliché. A contrario, en les situant en arrière du sujet principal, ou en opposition à ce dernier pour créer une ligne forte sur laquelle s’appuie la composition, on obtient une image dynamique. Une autre voie intéressante consiste à jouer sur les diagonales. Bien exploitées, elles donnent des clichés forts.

 

Le tri des images

Après l’acquisition des images vient le temps de la sélection des clichés à retenir et à traiter. Pour s’éviter bien du travail inutile, il faut éliminer d’office toutes les vues ratées

  • erreur d’exposition,
  • flou involontaire,
  • cadrage approximatif ou manque d’intérêt global.

 

Si le travail s’est fait en format Raw, Lightroom est l’outil adéquat pour développer les fichiers retenus : l’exposition à peaufiner, mais aussi le rendu chromatique ainsi que celui des valeurs extrêmes (hautes et basses lumières). Si nécessaire, le bruit est aussi à revoir, mais sans trop tirer sur les curseurs de réglage.

 

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